FRAGILE : autres regards sur l’identité Acadienne

Marc Chamberlain
Céleste Godin
Xavier Gould
Becka Viau
Geneviève Violette

 
 

En montre à la Galerie Sans Nom
1er au 31 août 2019

Stimulée par la vague émergente et par les préoccupations des artistes qui la composent, la Galerie Sans Nom (GSN) propose une exposition de nouvelles oeuvres dynamiques, innovantes et critiques afin de mettre de l’avant des questions d’ordre historiques, culturelles et linguistiques qui définissent le zeitgeist acadien. Menée par la GSN, FRAGILE a été montée en collaboration avec des artistes acadiennes et acadiens de multiples disciplines.

Les artistes ont été invité.e.s à déconstruire les symboles et les conventions associés à la culture acadienne afin de les réactualiser dans un contexte contemporain.

FRAGILE fait référence à la fragilité ressentie lorsqu’une identité n’est pas confirmée ou affirmée pleinement. L’exposition se veut une expérience déstabilisante où l’on se doit de réfléchir à son identité culturelle et ce que cette culture signifie pour soi et pour sa collectivité.

At the Galerie Sans Nom
August 1st to August 31st 2019

Stimulated by the emerging wave and the concerns of the artists who are a part of it, Galerie Sans Nom (GSN) offers an exhibition of new, dynamic, innovative and critical works to highlight historical, cultural and linguistic issues. which define the Acadian zeitgeist. Led by the GSN, FRAGILE was created in collaboration with artists from multiple disciplines.

Artists were invited to deconstruct the symbols and conventions associated with Acadian culture in order to present them in a contemporary context.

FRAGILE refers to the fragility felt when an identity is not confirmed or affirmed fully. The exhibition is a destabilizing experience where one has to reflect on one's cultural identity and what that culture means for oneself and one's community.

FRAGILE : autres regards sur l’identité Acadienne a été réalisée grâce à l’appui financier du Congrès Mondial Acadien 2019 •

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Marc Chamberlain tl;dr:acadie

Following the release of a video montage produced by La fabrique culturelle documenting my artistic practice, a member of the Facebook group, “L’incubateur de l’esprit critique en Acadie,” ignited a discussion of my work after having posted a link to the video in question. Soon after, my practice and the manner in which I expressed myself were both subjected to various, delegitimizing efforts within the comment section. A comment left by a certain “Jasmin Cyr,” in particular, appears to underline the fragility which often frames nationalist perspectives on one’s cultural identity: “The problem is that, within minorities such as l’Acadie, the consequence lies in the destruction of one for the benefit of the other. Language (in this case, chiac) maintains a social impact which exceeds a mere book” (my translation). Such extreme polarization with respect to the space occupied by Francophones vis-à-vis Anglophones within a city such as Moncton, as well as the damning conceptualization of Chiac’s role in the survival of one linguistic group over another, exemplify a problematic tendency to anchor dichotomic ideology within a nationalist framework, wherein They always exists at the detriment of Us. From such tendencies, feelings of anxiety arise when faced with a polyphony of voices echoing from the extreme frontiers of nationalism and its counterpoints.

Artistic Methodology
I nonetheless consider myself an artist operating at the crossroads of Them and Us. Having self-published my first collection of poetry, Fall from Graisse (2016), my literary work has forcibly flourished outside of Acadian literary institutions. Since my work somewhat indulges in its distance from the Acadian mores that nevertheless subsidize said literary institutions, the actual content and narrative at work within the collection has assuredly succeeded in widening the gulf etched with the very first pages of the collection. Indeed, “Le Mouvement Anti-Acadien” has both disturbed some and destabilized others, due in as much part to its form as to its content. The text pushes for the production of art in Acadie which is “autre que l’art acadienne [sic]” while proposing that “La fin de l’Acadie sera toujours son début.” If the text manages to disturb thanks to its lucidity and anti-nationalist position, my choice to reduce the text to an oral construction destabilizes by doing away with the norms of standard French, which are instead exchanged for an organic diction that can be but my own. 

Project Description
My project operates along three intersecting axes. First, installation and mise-en-scène: above all else, my intention is to create a space within which both the description of my artistic practice as expressed in the video montage as well as the critiques of the latter may confront each other in such a way as to allow a dialogue to be woven between a critique and the object of said critique. To do so, I blew up and printed the discussion thread as it appears in the Facebook group “L’incubateur de l’esprit critique en Acadie” on this wall. I have also included the video montage in question, which is played on a loop. The third axe, the public’s participative act, will navigate both in and out of these fragile gaps so as to demonstrate a cultural moment that becomes increasingly fragmented despite its efforts towards unification.

Suite à la parution d’une capsule qui documente ma démarche artistique montée par La fabrique culturelle, un membre du groupe Facebook « L’incubateur de l’esprit critique en Acadie » initie une conversation à son sujet. Peu après, mes propos, ainsi que la façon dont ceux-ci furent exprimés, sont devenus le sujet d’un projet de délégitimation. C’est le commentaire d’un « Jasmin Cyr » qui me semble justement souligner la nature fragile d’un regard nationaliste sur son identité culturelle : « Le problème c’est que dans une minorité comme l’Acadie, la conséquence c’est la destruction de l’un au profit de l’autre. La langue (dans ce cas, le chiac) a un impact social qui dépasse le simple livre ». Cette polarisation extrême par rapport au sujet de l’espace que peut occuper les francophones vis-à-vis des anglophones à l’intérieur d’une ville comme Moncton et le rôle dénigrant que joue le chiac quant à la survie de l’un à l’encontre de l’autre exemplifient la tendance problématique d’ancrer une idéologie dichotomique dans le nationalisme, où l’Autre est toujours au détriment du Nous. Voilà que fait surface une anxiété face à une polyphonie de voix émanant des extrêmes frontières du nationalisme et ses contrepoints. 

Démarche artistique
Je me considère néanmoins comme artiste aux croisières de l’Autre et du Nous. Ayant publié à titre d’auteur ma première collection de poésie, Fall from Graisse (2016), mon projet d’écriture s’est forcément épanoui à l’extérieur de l’institution littéraire acadienne. Alors que mon recueil se régale en sorte d’une distance des mœurs acadiennes qui subventionnent ces institutions, le contenu même des propos qui se retrouvent à l’intérieur de mes textes étend assurément le fossé creusé dès la parution du recueil. « Le Mouvement Anti-Acadien » a réussi à déranger certains et à déstabiliser d’autres, tant par sa forme que par son contenu. Ce texte stresse la production de l’art en Acadie qui est « autre que l’art acadienne [sic] » et propose que « La fin de l’Acadie sera toujours son début ». Si le texte réussit à déranger grâce à sa lucidité et à sa position antinationaliste, mon choix de réduire le texte à une rédaction orale déstabilise en délaissant les normes du français standard pour un parler naturel et propre à l’auteur.

Description de l’œuvre
Mon œuvre opère selon trois axes en intersection. D’abord, le montage et la mise en scène : de prime abord, je tiens à créer un espace dans lequel les propos de ma démarche tels qu’énoncés dans ma capsule et ceux des critiques de ces derniers se confrontent afin d’établir un dialogue entre critiques et l’objet de cette même critique. Pour ce faire, je monte le forum de discussion tel qu’il apparait dans le groupe Facebook « L’incubateur de l’esprit critique en Acadie » sur un mur de la Galerie Sans Nom, la juxtaposant avec un loop de la capsule en question. Le troisième axe, l’acte de participation du public, devra naviguer l’intérieur et l’extérieur de ces lacunes fragiles et démontrera, en soi-même, un moment culturel qui se divise constamment en essayant de se renforcer.


Céleste Godin Le Confessionnal

Le Confessionnal is an interactive installation by Céleste Godin inspired by the web experience of her Facebook page “Confessions Acadiennes”. Les Confessions Acadiennes invite the user to write a confession, completely anonymously, and see it published shortly thereafter on the web.

This web experience was created in the winter of 2019 to have new discussions about Acadie, its multiple identities, and its many points of view that intersect and contradict each other. As one of the important factors leading to the unspoken state that Acadie often faces is the connection between people who identify with Acadie or for those who live in the Francophone communities of the Atlantic Provinces, anonymity is a key component of this project. The more we know each other, the less we dare to tell difficult truths. The result of this online confessional brought, among others: new discussions about the impostor syndrome linked to the Acadian identity, the desire for a #metoo movement to denounce Acadian aggressors, and the heartbreaking difficulties that sometimes accompany exogamous couples. Parishioners - those who read and respond to confessions - play the most important role in the project, by listening to and empathizing with the confessions to which they identify.

The installation Le Confessionnal allows for this experience in person, by transforming a closet into a space for reflection and sharing. The multitude points of view that result from it is a representation of the plurality that exists within the Acadian identity. This installation mimics the familiar concept of the Catholic confession by its invitation to dive into the intimacy of the secrets we carry, and replaces the role of the priest by that of the parish who lends an ear to the person who makes their confession. Without punishment or guilt, the goal is to simply listen to each other. Le Confessionnal invites people to share things that they do not want to say aloud, instead offering them a tin can in which to whisper their confessions. They can then be heard by those who choose to listen into that same tin can.

Instructions for using Le Confessionnal are posted on the door, inside the closet.

A huge thank you to Léon Boudreau for his technical contribution to the project, and for his infinite enthusiasm for an alternative Acadie.

Céleste Godin is a multidisciplinary writer from Halifax who lives in Moncton. After many years of working as an activist and community organizer within the Canadian francophonie, she took a turn to become a full-time artist.

She has written chronicles, essays, slams and nonsense content for the web, often on her plural vision of Acadian identity. She has participated, as an animator and poet, in several shows and cultural events. In 2019, she made her first play, Overlap, a love-hate letter to Moncton in simili-chiac produced by Satellite Théâtre.

In 2019, she relaunched the Facebook page Confessions Acadiennes, an exploration of what comes from the intersection of Acadie, the Internet and anonymity, resulting in a parish rich in discussions and debates.

Aside from her artistic projects, these days, Celeste is obsessed with fluorescent yellow, the hidden truths of Acadie, and superglue.

Le Confessionnal est une installation interactive par Céleste Godin qui est inspirée de l’expérience web sur sa page Facebook « Confessions Acadiennes ». Les Confessions Acadiennes invitent l’utilisateur à écrire une confession, de façon complètement anonyme, et la voir publiée peu après sur le web. 

Cette expérience web a été créée à l’hiver 2019 afin d’avoir des nouvelles discussions par rapport à l’Acadie, ses identités multiples, et ses nombreux points de vue qui s’intersectent et se contredisent. L’anonymat est une composante clé de ce projet, puisqu’un des facteurs importants menant à l’état de non-dit auquel l’Acadie fait souvent face est le degré élevé de connexion entre les gens qui s’identifient à l’Acadie ou qui habitent dans les communautés francophones des provinces Atlantiques. Plus on se connait, moins on ose dire les vérités difficiles. Le résultat de cette ronde du confessionnal a apporté, entre autres : des nouvelles discussions autour du syndrome de l’imposteur lié à l’identité Acadienne, à la volonté qu’un mouvement #metoo dénonce des agresseurs Acadiens, et aux difficultés crève-cœur qui accompagnent parfois les couples exogames. Les paroissiens, ceux qui lisent et réagissent aux confessions, jouent le rôle le plus important du projet, par leur écoute et par leur empathie envers les confessions auxquelles ils s’identifient. 

L’installation Le Confessionnal permet cette expérience en personne, en transformant un placard dans un espace de réflexion et de partage. La multitude de points de vue qui en découlent sont une représentation de la pluralité qui existe au sein de l’identité Acadienne. Il reprend le concept familier de la confession catholique par son invitation à plonger dans l’intimité des secrets que nous portons, et remplace le rôle du prêtre par la paroisse qui tend l’oreille vers la personne qui fait sa confession. Sans punition ni culpabilisation, l’objectif est de simplement s’écouter les uns les autres. Le confessionnal invite les gens à partager les choses qui ne se disent pas à voix haute, en leur offrant plutôt de les chuchoter dans une boîte de conserve, où ils pourront être entendus par ceux qui choisissent d’écouter la même boîte de conserve. 

Les instructions pour utiliser Le Confessionnal se trouvent sur la porte, à l’intérieur du placard. 

Un énorme merci à Léon Boudreau pour son apport technique au projet, et pour son enthousiasme infini envers une Acadie alternative.

Céleste Godin est une écrivaine multidisciplinaire originaire de Halifax, et habitant à Moncton. Suite à de nombreuses années passées à œuvrer comme activiste et organisatrice communautaire au sein de la francophonie canadienne, elle a pris un virage pour devenir artiste à temps plein. 

Elle a écrit des chroniques, des essais, des slams et plusieurs niaiseries pour le web, souvent sur sa vision plurielle de l’identité Acadienne. Elle a participé, en tant qu’animatrice et poète, à plusieurs spectacles et événements culturels. En 2019, elle signe sa première pièce de théâtre Overlap, une lettre d’amour-haine à Moncton en simili-chiac produite par Satellite Théâtre. 

Elle relance en 2019 la page Facebook Confessions Acadiennes, une exploration de ce qui découle de l’intersection entre l’Acadie, l’Internet et l’anonymat, résultant en une paroisse riche en discussions et en débats. 

À part ses projets artistiques, ces jours-ci Céleste est obsédée par le jaune fluorescent, les vérités cachées de l’Acadie, et le superglue.


Xavier Gould iel c’est moi, mais yelle c’est mon hook.

J’ai grandi sur la rue Chatellerault à Shédiac pour une partie d’mon enfance. En montant les escaliers au deuxième étage, y’avait une fenêtre qui donnait accès au roof. L’été, j’passais beaucoup d’temps là à faire d’la lecture. 

Un jour, j’ai imaginé une contraption qui agirait comme un hook pour me faire descendre du roof. Un escape de chez moi. Un escape de ma réalité.

Pour les next jours, j’ai fouiller dans la garage à dad. J’ai trouvi des springs, des cordes, des amanchures de toutes sorte pis j’ai bâti mon hook. J’ai back été sur le roof, j’ai mis le hook sur le gutter pour laisser tombe la corde. J’ai gardé en bas du roof, pis then j’ai rien fait. J’ai juste continué à lire.

Mon travail en tant qu’artiste queer, revient souvent à l’escape de quelque chose, de quelqu’un, de moi-même, de mon alter ego, de mon environnement, de mon identité, de mon genre, de ma sexualité, de mon histoire, de mon enfance, de l’Acadie.

Mon art Queer c’est s’imaginer une réalité qui pourrait t’habiter juxtaposé contre la réalité qui t’entoure. 

C’est un produit non tangible qui cesse d’être Queer une fois créé. C’est exister dans un corps différent qu’un label de salle de bain. C’est s’exprimer au-delà d’une vie binaire. C’est code-switcher pour avoider la violence d’un inconnu. C’est rencontrer un acadien à l’international. C’est porter des heels quand il fait soleil. C’est porter des heels l’hiver. C’est naviguer la vie avec une langue que les autres ne comprendront jamais. 

L’art Queer c’est un hook que l’on bâtit à partir de rien pour s’imaginer l’escape d’une société qui nous voient pas. C’est un escape qui n’existera que dans notre imaginaire.  

Yelle est mon escape de l’Acadie comme moi je l’imagine.

C’est mon hook. 

Mon processus de création reflète les escapes que j’ai eues, et continue à avoir besoin, en temps que personne queer et non binaire en Acadie du Nouveau-Brunswick. Cette sculpture multimédia prend des éléments qui font partie d’une Acadie hétéronormative, sexiste, homophobe, transphobe qui m’a entouré un temps passé et trouve leurs escapes.


Geneviève Violette La distance de l’ennemi (Keep your enemies closer)

I am a girl from the north of New Brunswick encircled by borderlands. Theses junctures are meant to separate and isolate us from the rest of the Acadian community. There’s a line between us and the Americans, another between us the Quebecois and a last one between us and the Anglophones of this province. I also quickly came to sense the hierarchy present inside the French-speaking community and our place at the bottom within that categorization. As always, the Francophones from Québec were way ahead of us by reminding us (not always kindly) that we didn’t know how to spell and conjugate our mother tongue. Clearly, we were experiencing linguistic insecurity. Not by the fear of losing our language but rather we would be judged by the way we spoke it. In my every day, I don’t express myself in the “correct” French. I converse and think in “brayon”. My education rather instilled in me the notion that my natural way of speaking my main language was cheap and I absolutely had to correct it. This contributed greatly to my rejection of it and shame attached to my own cultural identity.

To be honest, I have always mostly written in English. I even kept all of my journals since the age of 14 years old. They’re all filled with a language that isn’t my mother tongue. I told myself if I were to write in a language that seemed foreign to me (standard french), then I would be more comfortable with the language of Shakespeare. It’s easier to conjugate with a few exceptions to the rule. Within my community, it was immediate judgment. I had just committed an unpardonable sin. I had sided with the enemy. Personally, I only wanted to avoid the anxiety linked to the thorough inspection, by my peers, of the possible flaws in my writing. The enemy of our culture is us. Our cultural identity is fragile because the true menace resides perniciously in our collectivity.

The photographic triptych that I present exposes that truth. In my images, we can glimpse a hand coming out from the frame and blocking the eyesight and mouth of the characters in the portraits. Culture is passed down by our senses. It is transmitted in the songs we sing, the books we read, the poems we recite and the art we create. In Acadie, we rapidly take on ourselves the role of the victim. By looking at my series, we come to the realization that it is the characters that are censoring themselves. The aggressor and the victim are the same. By juxtaposing images of smoke in the portraits, I recall the steam emitted by the paper company that reigns in my hometown. It was once the economic centre of my city, now we just tolerate it. Is it still beneficial for us? No one dares to speak of it. We all know somebody that works there so we refrain ourselves from speaking up about it.

Fragility is synonymous with vulnerability. In order to reconstruct a solid cultural oneness, we need to allow ourselves to be vulnerable and enjoy the freedom of expression even if we fear judgment by our society. To be strong, we have to become fragile.

Je suis une fille du nord du Nouveau-Brunswick qui habite un territoire encerclé de frontières. Ces lisières nous séparent et nous isolent des autres acadiens du N-B. Il y a une ligne entre nous et les Américains, une autre entre nous et les Québécois et une dernière entre nous et les anglophones de la province. J’ai aussi compris rapidement qu’il y avait une hiérarchie chez les francophones et que nous étions les derniers. Comme toujours, les Québécois nous devançaient en nous rappelant (pas très gentiment) qu’on ne savait pas parler, qu’on ne sait pas conjuguer. Clairement, nous vivions une insécurité linguistique. Pas celle de perdre notre langue, mais celle d’être jugé pour notre façon de la parler. Parce qu’en réalité, je ne parle pas un français correct au quotidien, je converse et je pense en « brayon ». Mon éducation m’a plutôt fait comprendre que ma façon naturelle d’exprimer le français était de mauvaise qualité que je devais absolument la corriger. Ce qui contribua directement à mon rejet de celle-ci et, aussi, à la honte qui accompagne mon identité culturelle. 

À vrai dire, j’ai toujours écrit en anglais. Depuis l’âge de 14 ans que je conserve religieusement mes carnets d’écritures. Ils sont tous rédigés dans une langue qui n’est pas ma langue maternelle. J’ai compris très tôt que si je devais écrire dans une langue qui me semblait étrangère (le français standard), je serais alors plus à l’aise avec la langue de Shakespeare. Elle est plus indulgente que celle de Molière. Elle se conjugue et s’orthographie sans problèmes avec peu ou pas d’exception à la règle. Dans ma communauté francophone, ce fut le jugement immédiat. Je venais de commettre un péché impardonnable. Moi, je voulais seulement éviter l’anxiété rattachée à la vérification minutieuse par mes pairs de mes erreurs langagières. L’ennemi de notre culture, c’est nous. Notre identité culturelle est fragile parce que la vraie menace réside pernicieusement dans notre collectivité.

Le triptyque photographique que je propose expose cette vérité. Dans les images, on aperçoit une main qui semble sortir du cadre et qui vient cacher le sens de la vue et de la parole des personnages, car la culture passe par les sens. Elle se transmet dans les chansons que l’on écoute, les recueils que l’on lit, les poèmes que l’on récite et les œuvres que l’on regarde. En Acadie, on prend facilement le rôle de la victime. En regardant mes images, on se rend à l’évidence que ce sont les personnages qui s’autocensurent. L’agresseur et la victime sont les mêmes. En superposant des images de fumée avec celle des portraits, j’évoque la boucane qui règne dans ma ville natale et qui est émise par la compagnie de pâtes et papier. Cette industrie était autrefois le centre économique de mon coin de pays, maintenant on la tolère. Est-elle bénéfique pour nous? Personne n’ose s’y prononcer. Chacun de nous quelqu’un qui y travaille, alors on s’abstient de dire haut fort ce qu’on en pense.

La fragilité est aussi synonyme de vulnérabilité. Afin de (re) construire une unicité culturelle solide, il faut se permettre d’être vulnérable et de s’exprimer librement par nos gestes et par nos paroles même si on a peur d’être jugé par notre communauté. Pour rester fort, il faut devenir fragile.


Becka Viau Wanderer Above the Sea of Fog / Un Acadien errant dessus une mer de brume

Wanderer Above the Sea of Fog / Un Acadien errant dessus une mer de brume is a reflection on the relationships between Acadian identity, the land, the metaphors and histories that drive these connections. This video piece is in conversation with the 1818 German Romantic painting Wanderer Above the Sea of Fog created by Caspar David Friedrich, replacing the Rückenfigur with a handmade white flag, the type of flag flown by many Acadians during the 100 + years before the expulsion. The white flag was and remains a symbol of neutrality or resistance, a symbol of individual humbleness bustled up with national pride or identity. Flags are also wanderers and travel with the people who identify with them or as borders change. The flag flutters in the wind energized and blowing at the edge of the shoreline in Prince Edward Island. The fog blocks the horizon obscuring the future and embodying the intangible myth of utopia. Just as the character Evangeline embodies the wandering Acadian in search of her home, her horizon hidden or lost, this work focuses on a similar theme.

Becka Viau is a Canadian Artist from Charlottetown, Prince Edward Island. She received her BFA, 2008 and MFA, 2013 from the Nova Scotia College of Art and Design, and has exhibited throughout the Maritimes and Europe. She was long-listed for the Sobey Art Award in 2011 and 2014 and completed multiple creative/research artist residencies across the Maritimes. She has worked as a curator, educator and coordinator/director of arts organizations and arts festivals. Much of her artistic activity engages with questions relating to the institutions, dissemination and social networks of power, art and culture.

Her art practice is grounded in the study of critical theory and research of historic and contemporary media techniques, theories of the everyday and social research methods. The histories of documentary, portraiture, cultural presentation and anthropological research influence her creative studio process through various explorations of people, place and identity.

Wanderer Above the Sea of Fog / Un Acadien errant dessus une mer de brume est une réflexion sur les relations entre l’identité acadienne, la terre, les métaphores et les histoires qui animent ces liens. Cette vidéo est en conversation avec le tableau romantique allemand de 1818 Wanderer Above the Sea of Fog par Caspar David Friedrich et remplaçant le Rückenfigur par un drapeau blanc fait à la main, type utilisé par de nombreux Acadiens au cours des 100 ans qui ont précédé l’expulsion. Le drapeau blanc était et reste un symbole de neutralité ou de résistance, un symbole d’humilité individuelle animé de fierté ou d’identité nationale. Les drapeaux sont également des voyageurs et voyagent avec les gens qui s’identifient à eux ou à mesure que les frontières changent. Le drapeau flotte dans le vent énergique et souffle au bord du rivage à l’Île-du-Prince-Édouard. Le brouillard bloque l’horizon obscurcissant l’avenir et incarnant le mythe immatériel de l’utopie. Tout comme le personnage d’Évangéline incarne l’Acadienne errante à la recherche de son chez-soi, de son horizon caché ou perdu, cet ouvrage se concentre sur un thème semblable.

Becka Viau est une artiste canadienne de Charlottetown (l’Île-du-Prince-Édouard) qui détient un Baccalauréat (2008) et une Maîtrise (2013) en arts visuels du Nova Scotia College of Art and Design. Elle a présenté son travail dans les Maritimes et en Europe et a été sélectionnée pour la longue liste du Sobey Art Award en 2011 et 2014 et a effectué plusieurs résidences d’artistes (recherche et création) dans les Maritimes. Elle a travaillé comme conservatrice, éducatrice et coordinatrice / directrice d’organismes et de festivals artistiques. Son travail aborde des questions relatives aux institutions, à la diffusion et aux réseaux sociaux du pouvoir, de l’art et de la culture.

Sa pratique artistique se fonde sur l’étude de la théorie critique et de la recherche de techniques médiatiques historiques et contemporaines, ainsi que sur les théories de méthodes de recherche quotidiennes et sociales. L’histoire de documentaires, de portraits, de représentations culturelles et de recherches anthropologiques influence son processus de création à travers diverses explorations de personnes, de lieux et d’identité.