Galerie Sans Nom
Comme des gouttes qui perlent à la surface
Louis-Charles Dionne
13 janvier 2026 - 27 février 2026 // January 13, 2026 - February 27, 2026
Comme des gouttes qui perlent à la surface
Pour fondre le bronze, on le dépose à l’intérieur d’un creuset où les pièces sont chauffées haute température. Peu à peu, la matière s’assombrit et s’illumine d’un rouge-orangé incandescent. Puis, de toutes petites billes luisantes perlent à la surface de ces pièces. Ce court instant, suspendu entre transformation et disparition, est d’une grande délicatesse et d’une poésie saisissante. En quelques minutes, la matière cède et se liquéfie comme en s'effritant et s'affaisse en ne laissant qu’une image fantomatique de ses contours sur la surface libre du métal fondu.Ces petites billes luisantes rappellent les gouttelettes de sueur qui se forment sur notre peau rougie par la chaleur ou l’effort. Comme si, à ce moment précis, cette matière, les représentation qu’on lui associe et que beaucoup décrivent comme immuables et impassibles, laissait entrevoir une pointe d’humanité et de vulnérabilité.
Les images présentées ici sont des photographies infrarouges qui captent les dernières secondes de pièces de bronze et le moment où elles se liquéfient en opportunités nouvelles, où elles amalgament leur forme et les temporalités que chaque pièce contient à celles qu’on lui ajoute à l’intérieur du creuset.
Dans ce contexte, Banc de neige relie le cycle de l’eau au cycle de circulation du bronze. Il s’agit d’une réplique en bronze d’une congère; une masse de métal maintenue dans un état de fonte. Ode à l'hiver et fantôme d'une saison, la pièce est un rappel de notre relation avec le territoire. En temps de chaleur torride, elle nous renvoie à notre responsabilité envers les ressources naturelles, ainsi qu’à l’impact de nos modes de production et de consommation énergétique. Face à l’irréversibilité du réchauffement global, l’hyperréalisme de Banc de neige lui confère une dimension polysémique.
Sur le plan matériel, un tel volume de bronze pourrait, en d’autres circonstances, s’inscrire dans une logique monumentale. Bien qu’il y ait une pointe d’humour dans la représentation, en bronze, d’un objet banal et aussi négligé qu’un banc de neige, cette masse fondante, horizontale et informe contrevient aux codes de grandeur et de verticalité de la statuaire et réoriente la matérialité de la sculpture traditionnelle. Sa forme et sa matière, souvent dite permanente, se voient toutes deux suspendues dans un état transitoire, entre fonte et devenir.
La création de Banc de neige a été rendue possible grâce au soutien financier de Arts Nova Scotia et de l’APTPUC.
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Louis-Charles Dionne est un sculpteur, enseignant et chercheur québécois basé à Saint-Jean-Baptiste de Rouville. Il est titulaire d’un baccalauréat en sculpture et histoire de l’art de l’université Concordia (Montréal, QC), d’une maîtrise en arts visuels et médiatiques de NSCAD University (Halifax, N.-É.), ainsi que d’un DESS en pédagogie de l’enseignement supérieur de l’UQÀM (Montréal, QC). Il est actuellement doctorant en esthétique, science et technologie des arts à l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis (Paris, France).
Son travail a été présenté à travers le Canada, en Italie, en France et en Allemagne et figure dans plusieurs collections dont la Banque d’Art du Conseil des Arts du Canada, la Nova Scotia Art Bank, la collection Art Volte, la Collection de la ville de Drummondville et plusieurs collections privées. La pratique de Louis-Charles a été soutenue notamment par le Conseil de recherches en sciences humaines, Arts Nova Scotia, le Conseil des Arts du Canada et le Conseil des Arts et des Lettres du Québec.
Louis-Charles est chargé de cours à NSCAD University et professeur à temps-partiel au département des arts visuels (sculpture) de l’université Concordia.
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To melt bronze, it is placed inside a crucible where the pieces are heated to a high temperature.
Gradually, the material darkens and glows with an incandescent orange-red light. Then, tiny shiny beads appear on the surface of the pieces. This brief moment, suspended between transformation and disappearance, is one of great delicacy and striking poetry. In a matter of minutes, the material yields and liquefies, crumbling and collapsing, leaving only a ghostly image of its contours on the surface of the molten metal. These small glowing beads are reminiscent of the droplets of sweat that form on our skin when it is reddened by heat or exertion. It is as if, at this precise moment, this material, which we associate with representations that many describe as immutable and impassive, reveals a hint of humanity and vulnerability.
The images presented here are infrared photographs that capture the last seconds of bronze pieces and the moment when they liquefy into new opportunities, when they amalgamate their form and the temporalities that each piece contains with those added to it inside the crucible.
In this context, Banc de neige links the water cycle to the circulation cycle of bronze. It is a bronze replica of a snowdrift; a mass of metal kept in a molten state. An ode to winter and a ghost of a season, the piece is a reminder of our relationship with the land. In times of scorching heat, it reminds us of our responsibility towards natural resources, as well as the impact of our modes of production and energy consumption. Faced with the irreversibility of global warming, the hyperrealism of Banc de neige gives it a polysemic dimension.
On a material level, such a volume of bronze could, in other circumstances, be part of a monumental logic. Although there is a touch of humor in the bronze representation of an object as mundane and neglected as a snowbank, this melting, horizontal, and shapeless mass contravenes the codes of grandeur and verticality of statuary and reorients the materiality of traditional sculpture. Its form and material, often said to be permanent, are both suspended in a transitional state, between melting and becoming.
The creation of Snowbank was made possible thanks to the financial support of Arts Nova Scotia and the APTPUC.
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Louis-Charles Dionne is a Quebec sculptor, teacher, and researcher based in Saint-Jean-Baptiste de Rouville. He holds a bachelor's degree in sculpture and art history from Concordia University (Montreal, QC), a master's degree in visual and media arts from NSCAD University (Halifax, NS), and a DESS in higher education pedagogy from UQÀM (Montreal, QC). He is currently a doctoral student in aesthetics, science, and technology of the arts at Paris 8 Vincennes-Saint-Denis University (Paris, France).
His work has been exhibited across Canada, Italy, France, and Germany, and is included in several collections, including the Canada Council Art Bank, the Nova Scotia Art Bank, the Art Volte collection, the City of Drummondville collection, and several private collections. Louis-Charles' practice has been supported by the Social Sciences and Humanities Research Council, Arts Nova Scotia, the Canada Council for the Arts, and the Conseil des Arts et des Lettres du Québec.
Louis-Charles is a lecturer at NSCAD University and a part-time professor in the Department of Visual Arts (Sculpture) at Concordia University.
